![]() Après la reprise de la grève générale, le Président a décrété hier l'état de siège.
En Guinée, Conté tente le coup de force face à la rue en colère
![]() Neuf morts en Guinée REUTERS
Par Fabrice TRAORE
QUOTIDIEN : mardi 13 février 2007
Conakry envoyé spécial
«N
ous ne pouvons plus rien arrêter parce que nous avons maintenant
affaire à des bandits» , s'est écrié hier Bâ Mamadou, le
porte-parole de l'opposition guinéenne qui regroupe 14 partis
politiques.
«Nous appelons à la création de comités de salut public pour
tenter de restaurer une espèce de contrôle.»
Hier soir, des convois de bérets rouges, la garde
présidentielle, quadrillaient Conakry et tiraient en l'air pour
tenter de disperser des bandes de jeunes qui continuaient de
terroriser la population en s'attaquant aux villas des dignitaires
du régime mais aussi à des magasins.
«Nous sommes cachés dans notre maison, tout le monde a peur de
recevoir une balle perdue», chuchote au téléphone, Aminata
Camara qui habite Dixinn, à quelques kilomètres du centre-ville.
«Cela n'a plus rien à voir avec la grève.
Chacun règle ses comptes et fait ce qu'il veut.»
Les syndicats apparaissent totalement débordés par la colère de
la rue, et l'incertitude la plus complète régnait hier soir à
Conakry, la capitale guinéenne. Selon l'AFP, les violences ont fait
11 morts, dont un policier lynché par la foule. Le week-end
dernier, des affrontements avaient déjà fait une vingtaine de
victimes.
Poudrière. L'opposition avait appelé, vendredi, à une
nouvelle grève générale pour protester contre la nomination d'un
Premier ministre proche du président Lansana Conté, au pouvoir
depuis son coup d'Etat en 1984. Dès le matin, des tirs nourris ont
été entendus depuis l'intérieur du camp militaire Alpha Yaya qui
renferme la plus grande poudrière et armurerie de Conakry. Des tirs
ont également retenti aux alentours de l'aéroport international de
Gbessia où plus aucun avion des compagnies étrangères ne peut se
poser depuis samedi.
Des agressions et des pillages ont également été perpétrés dans
plusieurs quartiers de la haute banlieue tels qu'Enco 5,
Hamdallaye, Kipé et Bambéto où, armés de machettes, des jeunes en
furie étaient prêts à en découdre avec quiconque s'aventurerait à
franchir leurs barrages de fortune installés sur les axes
principaux de la capitale.
Clips.
«On a faim, on a faim, on veut le changement, il faut qu'il
quitte !» hurlaient à propos du vieux président les jeunes qui
avaient pris d'assaut l'autoroute, à Matoto, un autre quartier de
Conakry.
Seul le centre névralgique de la ville était épargné par les
tirs et les mouvements de foule, coupé du reste de la capitale au
niveau du pont du 8-Novembre par une soixantaine de bérets rouges
lourdement armés.
Certains d'entre eux ont débarqué hier midi au siège de la radio
privée FM Liberté, à quelques mètres de l'ambassade de France. Le
studio a été mis à sac, son rédacteur en chef et un technicien ont
été emmenés vers une destination inconnue. A part les radios
étrangères, plus aucune station ne diffusait d'information hier, la
radio officielle RTG se contentant de passer des clips musicaux ou
de recycler des documentaires.
Provocation. Les incidents ont éclaté à la suite de
la nomination, vendredi soir, par décret présidentiel de l'ancien
ministre du Plan, Eugène Camara, au poste de Premier ministre. Les
Guinéens attendaient depuis le 1er février, date à laquelle le chef
de l'Etat avait signé un décret acceptant que le Premier ministre,
qui n'était jusqu'ici qu'un pantin, soit désormais le véritable
chef du gouvernement. Cette concession avait été faite après plus
de deux semaines de grève générale. Mais la nomination de ce proche
du président Conté, ministre depuis 1997, a été vécue comme une
provocation. Désormais, les syndicats appellent
«au départ pur et simple de Lansana Conté» qui, âgé de 72 ans
et malade, donne à la population le sentiment de laisser le pays à
l'abandon.
Epargnée par les guerres qui ont ensanglanté ses voisins (le
Liberia, la Sierra Leone et la Côte-d'Ivoire), la Guinée est le
pays le plus riche de la sous-région avec un sous-sol qui renferme
près de deux tiers des réserves mondiales de bauxite. Une richesse
qui ne profite depuis qu'à une petite minorité, proche du pouvoir.
Courant 2006, l'inflation a fait monter le prix du sac de riz,
denrée de base qui s'est vendu jusqu'à deux fois le salaire d'un
fonctionnaire.
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